UN PRESIDENT SANS REFORME ?

Vendredi 9 Juin 2017

Nous passerons au déluge, comme le Dandin des Plaideurs en priait l’avocat : sans en revenir aux origines de l'Instruction publique, tous les Présidents de la seule Vème République ont placé l'Ecole au centre de leurs programmes électoraux. S'en suivirent une forte dizaine de réformes profondes, dont on perçoit aujourd'hui l'aboutissement.


UN PRESIDENT SANS REFORME ?
Les résultats de nos élèves dans les différents classements internationaux stagnent ou régressent. L'expérience quotidienne de la maîtrise de la langue par nos contemporains vaut d' ailleurs, toutes les comparaisons internationales. Alors que la « Plus grande bibliothèque du monde » est désormais ouverte à tous, nuit et jour, par la Toile d'accès aux connaissances qui couvre la planète, la culture générale s'est appauvrie. Quant aux acteurs de la pièce, un professeur du primaire sur deux songe à changer de métier, un sur trois dans le secondaire, le « burn out » des enseignants est un lieu commun, un quart des chefs d'établissement en souffre cliniquement.

Que propose le Président Macron pour remédier à un état de fait qui voit associée la faiblesse des résultats à l'épuisement des cadres ? Quatre mesures prioritaires ont été annoncées pendant la campagne. L'enseignement primaire est le premier concerné, par lequel tout commence.

Dès la rentrée, Le Président veut diviser par deux les effectifs des classes de CP et de CE1 se trouvant en zone prioritaire (Rep et Rep+). Cela devrait prendre effet en septembre pour une partie des classes de cours préparatoire qui passeraient donc de 24 élèves en moyenne à 12. C’est certes une bonne mesure, mais qu’il ne faut pas mettre en place dans la précipitation, comme cela va par nécessité être le cas. Une concertation avec les professionnelles de terrain de l’Education, ceux qui vont effectivement être confrontés à cette nouvelle situation serait de mise et permettrait de mettre ce projet en place dans la sérénité, pour le bien des élèves. Que fait un directeur d’école, s’il y a 16 élèves inscrits au CP ? 2 classes de 8 élèves ? De plus, cette mesure ne pourra, faute d’enseignants et de locaux, se mettre en place que dans très peu d’écoles. La rentrée scolaire se prépare dès janvier, les circulaires de rentrée sont publiées par le ministère dès février, alors pourquoi se précipiter ? On prévoit pour la rentrée 2018 , un redéploiement de 2000 enseignants et la créations de 5000 postes . Face à cette nécessité, la crise du métier obère déjà les meilleures intentions. Il faut trouver des candidats, dans un système de recrutement où il faut au moins deux ans après la licence pour être titularisé. Enfin, comment conjuguer cela avec l'engagement à ce que les nouveaux enseignants ne soient pas mutés en zone d’éducation prioritaire ?

Autre mesure d’importance. Un décret est prévu cet été donnant la liberté aux maires des communes, de sortir de la réforme des rythmes scolaires, véritable casse-tête du précédent quinquennat. Là aussi, il faudrait se concerter avec les différents intéressés : enseignants, parents, maires. Nos rythmes scolaires doivent rester nationaux. La réforme n’a fait qu'accroître les disparités et les inégalités de fait. Au-delà du sujet lui-même, cette observation met en cause l'autonomie à instaurer dans les établissements, très présente dans le discours sur l'Ecole.

Pour l'enseignement secondaire, c'est d'abord un arrêté qui devrait permettre d'assouplir la réforme du collège, en autorisant les établissements à revenir aux classes bilangues ou européennes telles qu'elles existaient avant la réforme. Ils pourraient aussi renforcer les langues anciennes, voire, inversement créer de nouveaux enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Il y a là en germe le pire ou le meilleur. On y donne la possibilité d'une adaptation au contexte propice à exercer une vraie liberté pédagogique. Mais jusqu'où irait-elle ? Parier que les bonnes solutions et les bonnes méthodes s'imposeront d'elles-mêmes, c'est précisément un pari. Il est risqué au sein d'une institution marquée par le conservatisme dogmatique des pédagocrates qui gouvernent nombre d'établissements.

Nous l'évoquions plus haut la question de l’autonomie va être le point de tension majeur. On comprend que l'on puisse vouloir des écoles, collèges, lycées, invités à créer leurs voies pour atteindre des objectifs nationaux fortement réaffirmés. C'est du bon sens, et du bon sens que de les soumettre à une évaluation des résultats. Mais l'idéal théorique s'accommode mal de ce que l'on sait de la pratique. Ce choix encouragera la « managerisation » des rapports, dès lors aussi que les choix sont clairement posés de confier aux chefs d'établissement une autorité entière et non plus partagée sur les professeurs qui y exercent. La CSEN considère aussi que l'on falsifie le débat, dès lors que l'on ne parle pas des risques de communautarisation que l'autonomie porte en elle.

Enfin, si l'orientation générale indiquée par le Président de la République montre qu'il n'y a pas prétention à réforme, une annonce importante est pourtant faite de celle du baccalauréat. La CSEN a présenté son projet sur ce point. Il n'en reste pas moins que le risque d'un recours massif au contrôle continu menacerait la validité de ses examens, ne laissant plus que l'apparence.

En la personne de Jean-Michel Blanquer, le nouveau ministre a été désigné. On sait combien sa conception de l'Ecole, récemment exposée dans deux ouvrages fondamentaux, a inspiré le projet pour l'Ecole du lauréat des présidentielles. Prochainement reçue, la CSEN entend traduire les attentes de ses mandants.

Et c'est d'abord des personnels qu'elle parlera. Il est temps que les professeurs, les agents, qui ont subi la contrainte de réformes absurdes, perdu considération et crédit pour satisfaire à la démagogie de pouvoirs qui caressaient l'électeur au travers du parent d'élève, obtiennent réparation. C'est aux réponses qu'elle recevra que la Confédération jugera.

Jean-Claude Halter, secrétaire général



JEAN-CLAUDE HALTER, SECRETAIRE GENERAL DE LA CSEN, ELU PRESIDENT DE L'ACADEMIE EUROPE DE LA CESI

Le 22 juin 2017 s’est tenue l’Assemblée générale de l’Académie Europe de la CESI, la CSEN et la FGAF ont été mises à l’honneur.


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