L'EDITO : LA RENTREE EN PENTE RAIDE

Lundi 17 Octobre 2011

S’il est une coutume bien établie, c’est celle des rentrées « dans de bonnes conditions malgré quelques problèmes ici ou là ». Cette année semble marquer une rupture avec les vieilles habitudes tant les rapiéçages sont difficiles à masquer et tant les témoignages favorables peinent à se trouver et à trouver leur place dans un contexte franchement et ouvertement sinistré.


La fameuse antienne de l’éducation priorité nationale s’étiole devant les évidences et les perspectives : l’échec scolaire est patent de même que l’inefficacité des directives lancées çà tout va et à tout vent. La situation des enseignants dans leur métier et dans la société devenue intenable vient petit à petit à bout des meilleures volontés et se traduit par une crise du recrutement et de la formation sans précédent. Quant aux pistes qui se profilent pour l’avenir, elles font plutôt frémir que rassurer. Qu’il s’agisse de l’école du socle en passant par les remèdes contre la violence dans les établissements ou les programmes à la carte pour chaque élèves, on ne sait plus où donner de la tête pour s’angoisser devant des lendemains qui pourraient en rajouter dans le désenchantement. Entre révolte et résignation, il n’est pas toujours facile de s’y retrouver pour choisir quand l’école républicaine n’en finit pas de payer des décennies d’abandon aux idéologies nocives du pédagogisme et de détournement de son rôle en plus des logiques comptables et managériales. Pas davantage lorsqu’il faut bien constater que la volonté politique s’ajoute à la crise pour opérer des restrictions drastiques dans les moyens humains et les perspectives de carrière. Cette année, les « cache misère » ne trompent plus personne sur le terrain comme dans l’opinion.

Pour l’enseignement primaire, les suppressions de postes ont, comme prévu, plombé ce début d’année avec en prime la suppression en catimini de l’aide administrative aux directeurs. Sur le tissu actuel d’hétérogénéité des classes et de la diversité des situations d’accueil, les effets désastreux paraissent trouver ces jours un point d’orgue avec la conviction que rien ne pourra faire sortir de la spirale infernale actuelle. Là où ne peut espérer une sortie du tunnel qu’avec la restitution des postes devant élèves, un statut de la direction d’école et le recentrage prioritaire sur les apprentissages fondamentaux, c’est exactement le contraire qui est en actualité et en projet ! La déstructuration du service publique d’éducation pourrait s’aggraver avec la remise en cause de la semaine de quatre jours au profit d’une organisation ouvrant les portes aux parents et aux associations dans une journée scolaire à rallonge pour les enfants ne pouvant être pris en charge par les parents qui travaillent. Ajoutons à cette liste non exhaustive l’exécution programmée du pluralisme syndical pour les élections d’octobre et on ne doutera plus le courage politique pour l’école fait autant défaut que la connaissance du terrain par la hiérarchie. Parler d’hostilité envers l’institution « Ecole » et envers ses maîtres est-il exagéré ? Rien n’est moins sûr !

Pour l’enseignement secondaire, c’est d’abord l’effet de la « mastérisation » des recrutements sans qu’ait été pensée et conçue la nouvelle formation des maîtres, affranchie des dogmatismes pédagogiques, telle que nous la souhaitions. Les Français doivent savoir que si, faute de candidats ou faute de candidats de qualité, tous les postes au concours n’ont pas été pourvus, un certain nombre de lauréats ne se sont pas présentés à la rentrée. On parle de cinq, de dix pour cent dans certaines académies. Ce sont des chiffres qu’on n’ébruite pas. Ils disent, pourtant, la conséquence d’années d’abandon devant l’urgence de réhabiliter nos métiers, matériellement, moralement, socialement. Et ce n’est certainement pas le train des réformes qui améliorera la situation. Ecrasement des ambitions dans l’ « école du socle » au collège, réduction des heures de cours au lycée, déprofessionnalisation de la voie technologique, alignement du lycée professionnel, tout concourt à interdire la différenciation des manières d’apprendre, des façons d’épanouir les intelligences, de former des hommes libres parce que bien instruits. C’est pourtant l’inverse qu’il faudra très vite faire après cinq années où l’on aura su poser, comme jamais avant, les bonnes questions (comment rendre du sérieux à ce qui s’enseigne ? revaloriser les métiers ? restaurer l’autorité de la fonction ?) mais sans apporter les réponses qu’il fallait. La seule chance de notre pays de dépasser la crise est pourtant de retrouver la voie de la production et de l’invention. Elle suppose une mobilisation nationale, dont le coût financier et humain, la coordination volontaire des moyens, ne peuvent être assumés qu’à l’échelle de la « grande nation », telle qu’on l’appelait encore naguère. Il faut mettre un terme à l’affolement décentralisateur d’une part, et aux gros appétits de privatisation d’autre part. La France n’est pas à diluer dans l’Europe, ni à féodaliser dans ses « territoires » ; elle est moins encore à brader par lots aux intérêts privés dont on voit ailleurs, dans bien des secteurs, les désastres produits dès lors que plus rien ne les domestique. C’est par l’Ecole que se fit la France. Il lui faut à nouveau une Ecole à la hauteur de son histoire. Défendant l’Ecole de la République, nous imposerons le maintien d’une éducation publique et nationale, creuset de notre avenir commun.

Jean-Claude HALTER
Albert-Jean MOUGIN

CSEN

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