UNE ECOLE MIXTE ?

Vendredi 24 Avril 2015

La lente disparition, à compter de l’après-guerre, de la distinction entre les écoles de garçons et les écoles de filles a bouleversé profondément la représentation que notre pays s’était fait de la distinction entre les sexes. On peut sans crainte prétendre que cela a servi l’émancipation de la femme, et donc celle de l’homme, que cela a soutenu l’idée que le sexe ne déterminait pas, n’assignait pas les rôles sociaux. Comme la Révolution française, cette évolution scolaire servait l’idée que la naissance ne limite rien, et qu’en toute chose tous les enfants de France naissent libres et égaux en droit.
Que s’est-il donc produit pour que quelques décennies plus tard on se soit dit qu’il fallait promouvoir une mixité nouvelle, sociale cette fois, dans l’Ecole ?


L’invention de l’expression mérite à elle seule une interrogation. Faut-il donc penser que la distinction sociale est devenue, redevenue, aussi évidente que la distinction sexuelle l’est encore, ou peu s’en faut, aux yeux de tous ? Cela signifierait que la société s’est durcie, qu’entre ceux « qui ont » et ceux « qui n’ont pas » un mur plus solide que ne l’a été celui de Berlin se serait consolidé. Et voilà qu’on lui chercherait une réponse dans l’Ecole. Là encore, il y a de quoi s’inquiéter. Dans l’esprit de ses pères fondateurs, l’instruction publique avait été fondée pour assurer le même accès possible de tous aux savoirs, et par là aux emplois et métiers. Comment a-t-on dû en venir à imposer une assignation à résidence aux élèves, sous le nom de carte scolaire, et à quel besoin a-t-elle voulu répondre ?

Abolition des privilèges : le trompe l’œil de la carte scolaire.
La carte scolaire existe depuis 1963. Ce n’est pas si vieux. La suppression de la carte scolaire a été annoncée par Xavier Darcos en décembre 2007. Puis on est revenu sur cette suppression. Le système actuel est un compromis plutôt mal assumé et peu efficace : La sectorisation n’empêche pas la création de « ghettos ». Les moyens de contournement autrefois réservés aux élites informées (langue rare, nourrice en ville…) sont éventés. La tentation de renforcer les contrôles est un pis-aller qui touche les classes défavorisée mais pas les élites : une telle mesure est en fait perçue comme l’organisation du maintien des privilèges de quelques-uns. Il convient donc de déplacer la question de la « mixité scolaire » sur le terrain qui convient, celui de l’aménagement du territoire, de la politique de l’habitat, des PLU et des politiques sociales de logement. La mixité scolaire ne peut être que la conséquence d’une mixité sociale vécue. En dehors d’un ordre social autoritaire qui seul la rendrait possible, elle est un faux-semblant démocratique. Personne ne peut interdire à une famille déterminée de choisir ce qu’elle estime être le mieux pour son enfant. Et si elle le peut, elle paiera pour cela. C’est déjà le cas. En fait, la contrainte ne pèsera que sur les familles qui n’auront pas les moyens d’y échapper. Elle conduira à soumettre pour le coup l’avenir d’un enfant à un déterminisme social matériel.

Le maître n’est pas un justicier social.
Une autre impasse serait de prétendre assigner à l’organisation académique et pire encore aux équipes pédagogiques dans les établissements la mission de veiller à l’équilibre social dans les classes. Une équipe pédagogique doit enseigner, un point c’est tout ! Et faire porter à l’école les responsabilités des politiques va accroitre la fracture civique de notre pays et désespérer encore davantage les enseignants qui en deviendraient les acteurs. Cette idée est tout aussi scandaleuse que celle de laisser à l’appréciation de ceux-ci la définition de la nature prosélyte du port d’un signe religieux ostensible. C’est une démission de l’Etat et un abandon de ceux qui le servent.

Malheur aux pauvres.
La seule façon de favoriser la justice sociale, pour l’Ecole c’est de créer enfin les conditions où tous les établissements publics fonctionnent correctement. C’est la seule réponse qui vaille, elle est profondément républicaine, elle est profondément généreuse aussi. Car elle suppose un a priori: l’intelligence naît dans tous les milieux sociaux, elle n’est de naissance (une fois encore !) d’aucun milieu. A l’Etat de mettre à portée de tous l’accès aux savoirs qui lui sont ouverts, mais dans le cadre d’établissements exigeants et disciplinés. N’oublions jamais que la plus récente enquête « Pisa » a révélé que le principal facteur de l’échec relatif de nos élèves, c’est l’indiscipline des classes. Si rien n’est fait en ce sens, rien ne pourra interdire le sauve-qui-peut de qui pourront, hors d’écoles qui ne seront plus que la caricature d’un espoir révolu. Malheur à ceux qui ne pourront, malheur à ceux qui n’auront pas d’argent.

Jean-Claude Halter
Secrétaire Général


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